Partager l'article ! La plus belle rencontre: Samedi 5 septembre 2010 You se lève tôt. Nous sommes encore toutes endormies, et ne l’entend ...
Samedi 5 septembre 2010
You se lève tôt. Nous sommes encore toutes endormies, et ne l’entendons que de loin dans notre sommeil… Il fait beaucoup de bruit, utilise trois ou quatre sacs en plastique pour ranger ses affaires, ferme bruyamment la fermeture Eclair de son sac de couchage, tire la chaise…Et puis, il s’en va.
Nous dormons encore quelques heures. Lorsque nous décidons finalement de nous lever, nous pensons déjeuner à la cuisine. En sortant de la chambre, nous découvrons le petit-fils du colocataire de You attablé à la cuisine avec un ami. Il nous salue, nous lui rendons son salut, et lavons rapidement notre visage. C’est à cet instant précis que nous avons renoncé à la douche à Varsovie. Tout comme à utiliser la cuisine. Pour résumer : sale, rustique et plus très en bon état. Trois raisons valables pour renoncer.
Lorsque nous sortons de la salle de bain pour prendre notre beurre dans le frigo, le copain nous parle en anglais. Ses propos sont autant malsains que la salle de bains propres. Le petit-fils du colocataire l’en excuse, mais il écopera tout de même d’un regard très significatif… Ami classé dans personne à éviter. Et qu’il ne nous adresse plus la parole !
Le petit-fils est gêné du comportement de son ami.
Nous filons déjeuner dans la chambre. Et puis, nous ressortirons pour visiter la ville. Nous saluons le petit-fils, et ignorons superbement son « ami ». Aujourd’hui, nous voulons suivre la « route royale » décrite dans notre petit guide de la ville, et arriver au château Wilanow.
Le bus qui devait nous conduire au château ne circule qu’en semaine. C’est ce que nous comprenons du panneau à l’arrêt du bus. Par sécurité, nous demandons à des jeunes filles qui se promènent en robe de mariée pour la promotion d’un magasin voisin. Nous devons donc changer de plan.
Nous nous arrêtons un instant à un café de la place, buvons un chocolat chaud (c’est qu’aujourd’hui il pleut et fait froid !), et choisissons la « route juive », qui nous conduira toute la journée à différents endroits de la ville qui ont été important pour la population juive, ou qui ont marqué leur histoire. Une étape au ghetto, un autre appelé Umschlagplatz, sinistre lieu où les nazis les alignaient avant de les enfermer dans des wagons pour les transférer dans les camps de concentration.
Après une longue marche dans la ville, nous nous décidons de nous arrêter pour manger. Au détour d’une rue, nous découvrons un petit magasin de quartier. Nous y entrons. IL y a du pain, il y a du fromage, il y a donc de quoi consoler nos estomacs. Nos petites emplettes dans notre sac, nous ressortons, et au lieu de marcher encore, nous nous asseyons par terre au bas de la rampe d’accès du magasin.
Une vieille dame désapprouve et marmonne quelque chose en polonais. Nous l’ignorons. Et mordons dans nos sandwichs au fromage.
Un vieil homme s’approche. Il nous regarde. S’arrête. Appuyé sur sa canne, il s’adresse à nous en polonais. Au début, nous soupirons, pensant qu’il allait lui aussi se mettre à maudire la jeunesse d’aujourd’hui… mais sa voix est bien plus douce que celle de la vieille femme. Il s’aide de sa canne pour s’approcher à petits pas de nous. Il nous parle encore. Nous lui répondons que nous parlons français et son visage s’illumine. Français ?
Il s’approche tout sourire vers nous, tout en nous disant qu’il ne faut pas nous asseoir par terre, nous pourrions tomber malades. Nous nous levons. Il nous demande si nous sommes françaises, nous lui répond que nous sommes suisses. A ce mot, nous lisons sur son visage une joie et une reconnaissance infinie. Une toute grande émotion. Sa voix tremble lorsqu’il nous dit que la Suisse a sauvé son ami et qu’il lui sera toujours reconnaissant. Nous nous approchons du monsieur, sous le regard désapprobateur de la vieille commère.
Le vieil homme est tellement ému qu’il ne sait pas comment commencer ses phrases. Il nous parle de son ami musicien, juif, qui a pu s’enfuir en Suisse, que la Suisse a accueilli et ainsi sauvé. Il nous parle de son amour pour la Suisse, où pourtant il n’a jamais été. Il nous montre fièrement son cahier de français, où jour après jour, il inscrit les nouveaux mots qu’il apprend à travers ses lectures. Nous lui racontons notre voyage, il est touché que nous passions par la Pologne. Il nous raconte que Varsovie a souffert. Beaucoup souffert. Il nous demande notre adresse, il veut absolument nous écrire. Il dit qu’il est trop ému pour pouvoir trouver ses mots et nous parler en français, alors il voudrait nous écrire. Nous lui inscrivons nos adresses sur un morceau de papier, il part tout heureux faire ses courses au magasin… sous le regard toujours autant désapprobateur de la vieille femme.
Nous continuons notre route, émues nous aussi par cette belle rencontre. Certainement la plus belle, avec Riccardo, même si nos rencontres sont toutes très belles et uniques.
Au centre-ville, nous visitons le musée de Marie Curie. C’est un beau musée, très bien reconstitué, très bien organisés… Nous sommes encore un peu trop remuées par notre rencontre avec le vieil homme, pour lire correctement tous les textes… cela ne nous empêche pas d’y rester presque deux heures.
Nous mangerons encore, avant de rentrer chez You. Nous y croisons le colocataire, un homme autant vieux que notre rencontre du jour…. Il est en train de cuire des pommes de terre, et nous parle de ses années de captivité en Russie où il ne mangeait que ça. D’ailleurs, il précise cuisiner des pommes de terre uniquement pour se souvenir. Nous déclinons poliment l’invitation et rentrons dans la chambre de You.
Nous ressortirons un peu plus tard, pour le deuxième concert gratuit, celui de MGMT. Avant de sortir, nous attrapons un pull, un foulard, le sac à main le plus pratique, et nous nous dépêcherons de retourner au centre-ville. La foule qui se trouve sur la place est déjà bien compacte, mais ce n’est pas encore fini : des gens arrivent de toutes parts… Va y avoir du monde, et du beau !
Nous décidons de nous frayer un chemin jusqu’à devant la scène. Mais vu le nombre de personnes qui ne cessent d’affluer, nous comprenons bien tard que ce n’est pas forcément une bonne idée. Les gens poussent, la foule bouge tantôt à gauche, tantôt à droite, mais il est très difficile de s’en extraire. Et comme nous sommes toutes les deux de taille plutôt petites, nous préférons ressortir de la masse humaine tant qu’il est encore possible.
Difficilement, nous nous frayons un chemin dans cette forêt d’hommes et de femmes… La température augmente rapidement. Nous nous cramponnons l’une à l’autre pour éviter d’être séparées… La tâche est difficile, mais finalement nous parviendrons à sortir de la mêlée, et nous trouvons même un petit coin tranquille.
Le concert commence. Le public est chaud, et part littéralement en extase lorsque le groupe attaque leur célèbre morceau « Kids »… La folie plane sur Varsovie ! Du pur délire ce concert, et de la pure folie la foule qui s’y trouve…
Nous dégustons, et puis retournons chez You.
Morphée nous lancera ensuite un appel auquel nous ne résisterons pas… C’est en pensant à notre nouvel ami que nous nous endormirons, le sourire aux lèvres. Ces petits bonheurs qui illuminent nos journées…
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